B. Les outils de la propagande

1. Le contrôle de la production

     La propagande désigne la stratégie de communication, dont use un pouvoir politique ou militaire pour changer la perception d’évènements, de personnes (propagande politique, propagande militaire ou religieuse).
     D’une manière plus générale, la propagande est l’art de propager à grandes échelles des informations, fausses ou non, mais toujours partiales. La propagande se concentre sur la manipulation des émotions au détriment du raisonnement et du jugement. Son utilisation massive en particulier à des fins de propagande politique, résulte de la combinaison née de l’explosion des moyens de communication et d’une réflexion sur l’art.
     Le cinéma devient un des outils les plus efficaces de la propagande. Les cinéastes vont donc créer des principes généraux pour réaliser les films. Il s’agit de règles fondamentales appliquées dans tous les films de propagande.
     La première règle est le principe de simplification et d’ennemi unique. Ce principe se base sur l’utilisation d’un mot d’ordre ou d’un slogan : " Ein Reich, Volk, Ein Fuhrer " ( "  richement, le peuple, un Fuhrer " ). Hitler prononce cette phrase dans le Triomphe de la volonté  pour mobiliser la population allemande  et la convaincre de la puissance militaire allemande. Ils utilisent aussi des symboles graphiques (drapeau, emblème, insigne..) et plastiques : le salut nazi par exemple. Ils se servent aussi de symboles musicaux comme les hymnes.
     La deuxième règle est celle du grossissement et de la défiguration. Cette règle consiste à gommer la moindre nuance dans l’image qu’on veut donner. Il s’agit d’accentuer, exagérer mais ne surtout pas détailler. Nous pouvons prendre l’exemple du film antisémite Der Ewige Jude (" Le Juif Eternel ") réalisé en 1940 par Fritz Hippler. Ce film veut montrer le racisme des Juifs par leur physionomie stéréotypée, il insiste sur le mode de vie et leurs coutumes différents des occidentaux et sur le fait que les Juifs profiteraient du travail des autres et seraient un danger pour la civilisation européenne. Dans l’adaptation française du péril juif sorti en 1942, le juif est comparé à un rat, animal nuisible, source d’angoisses à l’époque à cause des épidémies.
     La troisième règle est celle de l’orchestration. Elle consiste à répéter inlassablement des thèmes principaux (antibolchevisme, antisémitisme.) Par exemple, lors du gouvernement de Vichy, des documentaires de propagande politique diffusés sur les écrans étaient rendus obligatoires. Ils étaient tantôt anti-alliés, tantôt pro-allemande. Les cinéastes qui travaillaient pour les ministères vantaient la Révolution nationale ou ils dénonçaient les responsables de la défaite ( les " corrupteurs " ). Elle consiste également à faire un démarrage en accroche : la foule qui acclame Hitler à son arrivée dans le Triomphe de la Volonté, puis une fin en apothéose : les louanges d’Hitler par tous les dictateurs. Enfin, la dissimulation et le trucage sont utilisés notamment lors des deux guerres mondiales et la guerre d’Algérie.
     Un autre principe est utilisé : celui de transfusion. Les producteurs se servent de certains événements historiques surtout les défaites militaires (la première guerre mondiale pour les Allemands) les crises économiques et sociales ou " raciales " ou encore de vieux mythes fondateurs. Les cinéastes cherchent en fait à " caresser la foule dans le sens du poil ". Nous pouvons prendre comme exemple le film Condottieri de Luis Trenker : le film a été réalisé avec des intentions de propagande bien précises. En effet, Condottieri relate la Renaissance italienne et il présente le Quattrocento, la fondation de la richesse, de la puissance, la suprématie artistique et le rayonnement intellectuel des Etats italiens.
     La dernière règle est celle de l’unanimité et de la contagion. Cette règle consiste à renforcer ou à créer une impression d’unanimité ( ex :" Le peuple de Paris ") pour créer un sentiment d’enthousiasme et de terreur. Cette règle cherche aussi à faire croire au public que l’opinion du cinéaste est l’opinion général : " Je dis tout haut ce que les autres pensent tout bas ".  Enfin, dans leur film, les cinéastes ont recourt à des manifestations, au défilé de masse donc à la contagion. Il existe plusieurs moyens de contagion tels que l’utilisation des drapeaux, des étendards, des emblèmes, des insignes reproduits partout, des devises, des thèmes du parti et l’encouragement à porter l’uniforme. Les producteurs utilisent aussi la musique pour renforcer la cohésion (marches, chants, hymnes). Les manifestations nocturnes et l’utilisation de torches, de projecteurs contribuent à créer une atmosphère religieuse. Enfin, toutes sortes de gymnastiques sont utilisées : salut, debout, assis, vivas, silence etc… Encore une fois, le Triomphe de la Volonté a utilisé ces procédés : Leni Riefenstahl a insister sur les signes, les emblèmes et les insignes pour entraîner les foules.    
     Les films de propagande se cachent sous des noms comme " film didactique ", " film d’édification religieuse " ou encore " film d’information ". On peut en conclure que les cinéastes ont recours à toutes sorte de manipulations pour former les esprits de la population.
     Nous venons de voir les contrôles de la productions pour les outils de la propagande, donc maintenant nous allons voir la censure qui est elle aussi un outil de la propagande.


2. La censure

 

 

     La censure est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. Elle désigne donc différentes formes d’atteintes à la liberté d’expression. La censure est représentée par une  Anastasie tenant de grands ciseaux.  Il existe la censure politique, c’est la limitation par le gouvernement de la liberté d’expression. La censure et la liberté d’expression existent depuis le début de l’Histoire. L’origine du terme censure remonte au poste de censeur qui a été crée à Rome en –443, qui avait pour but de maintenir les mœurs mais pas de censurer. Mais la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 affirme : " Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi " et " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits le plus précieux de l’Homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi  ". C’est-à-dire qu’on peut sanctionner une publication, mais en aucun cas empêcher celle-ci.
     Le cinéma a aussi subit la censure mais dans des buts de propagande. En effet, des dictateurs comme Hitler ou Staline ont pris la décision de censurer des films qui pouvaient les compromettre. Hitler avait décidé de punir, voire tuer les cinéastes qui voulaient réaliser des films qui le comprometeraient. Certains cinéastes ont même fuit l’Allemagne pour pouvoir réaliser les films qu ‘ils voulaient. On peut prendre comme exemple le critique de cinéma Siegfried Kracauer qui a exercé durant les années 20.  Il est forcé d’émigrer  après la prise du pouvoir du parti nazi, d’abord à Paris puis aux Etas-Unis. En interdisant la production de certains films, et en faisant exiler des cinéastes, l'Etat utilisé la censure.

     La censure fait partie de la répression pendant les dictatures. Elle est combattue depuis le XVIIème siècle. Elle a pour but de diffuser seulement les informations qui ne sont pas défavorables pour l’Etat. C’est pour cela que le gouvernement nazi a décidé de censurer le film Le Dictateur de Charlie Chaplin réalisé en 1939. Ce film raconte l’histoire d’un combattant juif allemand pendant la première guerre mondiale, qui veut contrôler le monde. Dans ce film Charlie Chaplin fait une parfaite caricature du dictateur nazi : Hitler. Dès sa sortie, le film a été censuré dans tous les pays en guerre à cette époque, notamment l’Allemagne et la France. Seul les Etats-Unis ont permis la diffusion du film. Le Dictateur est sorti en salle en Occident, seulement après la fin de la seconde guerre mondiale.
     La censure a aussi été pratiquée pendant l’Occupation Allemande en France. La population française qui subissait déjà la propagande nazie, a subit une autre propagande : celle du régime de Vichy. Pendant cette période, le cinéma a mis l’accent  sur le maréchal Pétain. Le gouvernement voulait qu’il soit perçu comme le vainqueur de Verdun, le père, le sauveur de la France. Cependant, lors de l’Occupation Allemande, seulement la moitié de la France était occupée. Et c’est la partie Nord de la France qui a connu le plus la censure. La zone nord ainsi que l’Alsace-Lorraine et la zone " interdite " ( Nord et Pas-de-Calais) sont sous le contrôle et l’autorité allemande. De nombreux films ont été censurés : des services de censure ont été mis en place au niveau régional, départemental et local. Les films projetés pendant l’occupation sont précédés d’un journal d’actualités et d’un documentaire. La zone Nord diffuse des actualités allemandes en version française alors que la zone Sud diffuse des actualités française jusqu’à son occupation où elle diffusera seulement des actualités allemandes.
     Finalement, malgré les lois et les combats des cinéastes pour la liberté d’expression, la censure à de nombreuses fois a été utilisé surtout dans les dictatures afin de diffuser des films qui ne mettraient pas en danger l’influence de l’Etat sur la population.
    

     Après avoir étudié la propagande au XXème siècle, nous allons voir que le cinéma peut jouer un deuxième rôle : il peut être un instrument de critique du pouvoir et de la société. Dans un premier temps nous allons voir que des films ont été réalisés pour critiquer les abus de pouvoir et les dictatures pendant le XXème siècle.

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